lundi 29 novembre 2021

Un assassin parmi nous, Shari Lapena


                                                  Thriller, whodunit


Au sein de la forêt, dans les montagnes des Catskills situées à environ 160 km au nord-ouest de New-York et à 64 km au sud-ouest d'Albany, capitale de l'État, l'on peut se reposer quelques jours, loin de tout, du réseau internet et du téléphone, au « Mitchell's Inn », un bel hôtel de charme.

Les nouveaux pensionnaires font immédiatement et jovialement connaissance. Mais pour eux, ce séjour de deux jours s'apparente davantage à une thérapie qu'à une sinécure. Deux amies journalistes, l'une et l'autre liées par des relations équivoques, un couple au bord de la rupture du fait des infidélités de l'époux, une femme écrivain lesbienne, solitaire et mystérieuse, un avocat divorcé accusé du meurtre de sa femme, un jeune couple - dont la date du mariage est fixée - qui se serait bruyamment disputé au cours de la première nuit.

L'hôtel, pour améliorer et avantager le séjour de ses hôtes, est dirigé par un gérant veuf et son fils au demeurant très charmant, mais coutumier de certains comportements douteux, voire répréhensibles.

En tout état de cause, les premiers instants au « Mitchell's Inn » sont enthousiastes et chaleureux.

Le lendemain matin l'un des pensionnaires est retrouvé mort assassiné au pied de l'escalier. Puis, tous sont plongés dans le noir, privés de chauffage et du moindre secours du fait des conditions météorologiques.

Brusquement, tout s'accélère : un autre pensionnaire est mystérieusement assassiné, puis un deuxième, puis encore un autre… le suivant décède de manière inexpliquée sans que l'on sache s'il s'agit d'une mort naturelle ou d'un assassinat. Certains signes permettent de penser que le criminel appartient au groupe ou bien qu'un intrus se cacherait dans l'hôtel. Cette dernière hypothèse est définitivement écartée après une visite minutieuse de l'établissement.

Les conditions climatiques ne permettent pas à la police de se rendre sur les lieux pour enquêter. Aussi, les résidents survivants s'observent, se méfient et s'accusent les uns les autres. La tension est à son comble.

Quand la nature s'est enfin apaisée, le sergent Margaret Sorenson se rend sur les lieux afin d'interroger les pensionnaires et confondre le coupable.

Cependant ….

Shari Lapena est un auteur de romans policiers canadien, anciennement avocate et professeur d'anglais avant de se consacrer définitivement et entièrement à l'écriture. « Un assassin parmi nous » est l'un de ses quatre romans traduits en français.

La critique du roman mérite également de simplicité que son intrigue. Celle-ci est pleinement satisfaisante afin de passer un bon moment ou en dissiper un mauvais. Dans cette perspective, dénuée de toute allusion péjorative, Shari Lapena réussit parfaitement.

L'histoire est cohérente, les personnages sont « vivants », le suspense existe, même s'il manque par régularité. Bref, « Un assassin parmi nous » est un roman policier honnête et bienveillant.

Néanmoins, le récit est très imparfait à plusieurs titres nonobstant les avis dithyrambiques de certains critiques de presse œuvrant à semer la confusion à défaut de donner un avis objectif. Ce sont parfois les aléas des « services de presse » professionnels.

Il faut convenir que Shari Lapena semble éprouver quelques difficultés à circonscrire le périmètre du roman au sein du genre littéraire policier lato sensu. C'est le reproche majeur que l'on peut faire à « Un assassin parmi nous ». Partant, la « critique » accommodante n'éprouve aucun complexe à procéder par comparaison obscène. Certaines critiques de lecteurs anonymes ne manquent pas de tomber parfois dans le piège tendu.

Ainsi, il est écrit dans le Figaro Magazine : « Magistral Clin d'œil à [Dix petits nègres] (1) d'Agatha Christie…, comme un grand whodunit à l'ancienne ».

Non seulement le roman de Shari Lapena n'a aucune des qualités de celui d'Agatha Christie, même « au simple coup d'œil », mais encore, et surtout pour les amateurs de ce genre littéraire, il n'est, ni de près ni de loin, un whodunit. Ce dernier genre convient à une forme complexe de roman policier dans laquelle la structure de l'énigme et sa résolution sont les facteurs prédominants. Au cours du récit, des indices sont fournis au lecteur, qui est invité à déduire l'identité du criminel avant que la solution soit révélée dans les dernières pages. C'est ce que l'on nomme le roman d'enquête ou de détective ou encore le roman de type « mystère en chambre close ».

Mais le lecteur doit disposer des mêmes indices que l'enquêteur et donc des mêmes chances que lui de résoudre l'énigme, l'intérêt principal de ce genre de romans est de pouvoir, théoriquement en tout cas, y parvenir avant le héros de l'histoire. Tels les romans d'Agatha Christie, de Gaston Leroux (le « Mystère de la chambre jaune ») ...

Dans « Un assassin parmi nous », il n'existe rien de tout cela. Celui-ci est un roman policier (thriller) traditionnel qui, au demeurant, présente le défaut, parfois, de « tourner en rond ». Avant la résolution de l'intrigue lors des toutes dernières pages, à laquelle le lecteur ne peut donc à aucun moment participer, les situations, les dialogues et la narration en général manquent de consistance. Probablement, la traduction, assez médiocre, n'y est pas étrangère.

En conclusion, je ne déconseille absolument pas ce roman très divertissant et agréable à lire, mais il serait totalement faux de penser lire un whodunit et y trouver une atmosphère comparable à celle présente dans ceux d'Agatha Christie ou autres auteurs familiers de ce genre littéraire.


Michel BLAISE. © 2021

1 – le rédacteur de la critique écrit « Ils étaient dix ». Je ne connais pas le roman, rédigé par Agatha Christie, portant ce titre. Je connais, en revanche, « Dix petits nègres »...



Le secret de Platon, Gilles Vervisch

 

        

                                  enquête policière philosophie antique          


"L'opinion est quelque chose d'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance". (Platon)


« le secret de Platon » est le premier roman publié par Gilles Vervisch, (Michel Lafon, 2018), professeur agrégé de philosophie. Il est Inutile de résumer les faits clairement rapportés sur la quatrième de couverture de l'édition originale ou de poche (J'ai lu, 2019), disponibles sur le site Babélio.

« le secret de Platon » est, essentiellement, un roman philosophique, peu ou prou à l'image de celui de Jostein Gaarder « le monde de Sophie » - avec de très sensibles différences cependant, mais je n'ai pas su trouver de meilleures comparaisons en matière d'équivalence qualitative.

Les dissemblances principales sont, autant l'intrigue et la nature de celle-ci, qu'une circonscription philosophique limitée à la période gréco-romaine et, elle-même, à certains penseurs.

Il me semble que l'ouvrage peut être lu par tous - de l'éminent philosophe, qui se réjouira de quelques heures d'énigmes, de suspense et d'aventures diverses - à l'élève de terminale désireux de parfaire ses connaissances des concepts philosophiques et de s'exercer à une réflexion rigoureuse. Cela grâce à la lecture d'un roman captivant et distrayant.

J'aurais très volontiers donné quatre étoiles si l'auteur n'avait pas cédé, de temps à autre, à la tentation de l'argumentation accommodante - humanitaire et tiers-mondiste - n'ayant strictement rien à voir avec le raisonnement philosophique. Il ne s'agit pas de condamner ou de soutenir celle-ci pour ce qu'elle est, mais le raisonnement philosophique, Gilles Vervisch, agrégé de philosophie, le sait parfaitement, est exclusif de la « bouillie du cœur. » La philosophie suppose un raisonnement rigoureux qui se moque de l'opinion personnelle et de la posture. La cohérence de la démonstration est la seule exigence.

À cela près, « le secret de Platon » est un excellent ouvrage, très instructif, passionnant de bout en bout - susceptible d'inviter à enrichir ses connaissances - dont je recommande à tous vivement la lecture.

Contrairement à ce qui est dit, ici et là, il n'est nul besoin de posséder une culture philosophique considérable pour l'aborder.


Michel BLAISE. © 2021

          


Vindicta, Cédric Sire


                                                             Thriller



Vindicta (Cédric Sire Metropolis, 2021) débute par le braquage d'une bijouterie qui finit mal. Les quatre jeunes cambrioleurs, contraints de prendre la fuite sans le butin, sont la cible des balles du bijoutier qui les poursuit.

Au cours de leur fuite précipitée, la jeune fille de la bande, au volant du véhicule, renverse une enfant de dix ans, Valentine, qui meurt sur la table d'opération.

Au même moment, Olivier Salva
, inspecteur d'une espèce d'électron libre, relégué à des missions de surveillance pour avoir subtilisé de la drogue dans les scellés du commissariat, « planque » aux abords de la bijouterie. le bijoutier doit remettre à un avocat véreux un collier volé en échange de l'argent qui est, précisément, l'objet du braquage, ce qu'ignorait Olivier.

Mais sur les injections de son collègue et de sa hiérarchie, Salva ne doit pas intervenir afin de ne pas empêcher le braquage, seul le collier doit demeurer sa priorité. Une fois de plus Olivier désobéit, mais trop tard, il n'a pas eu le temps d'empêcher ni la tentative de cambriolage ni la mort collatérale de l'enfant.

Animé d'un sentiment de culpabilité qui ne le quittera pas, et malgré les injonctions de sa hiérarchie, il s'introduit dans l'enquête, rencontre Marie, la mère de l'enfant avec laquelle il nouera, progressivement et institue une relation intime contraire à la déontologie.

Enfin, l'auteur, sans que l'on saisisse la connexion avec ce qui précède, intercale certains chapitres relatifs à la description d'exactions en terres ennemies, d'une sauvagerie et d'une cruauté extrêmes, d'un groupe de militaires français des forces d'interventions spéciales, sous le commandement « légitime », à l'encontre de terroristes en territoire étranger.

Ce dernier point n'est pas dérangeant, en tant que tel, il est la signature de l'auteur.

Cependant, on peut reprocher à celui-ci, dans cet ouvrage en tout cas, une fréquence inefficace n'apportant aucune plus-value au roman.

Est-ce à dire que celui-ci est mauvais : absolument pas : les personnages, les dialogues sont assurément bien travaillés ; l'intrigue, les paysages et les décors également. le suspense est parfaitement bien traité : l'écriture et le style sont très honorables.

Cédric Sire est un auteur qui mérite de poursuivre son ascension dans le monde littéraire du roman policier au sens large.

Je recommande son livre qui est particulièrement la promesse de bons moments d'évasions.


Michel BLAISE. © 2021


Dieu, La science, les preuves, Michel-Yves Bolloré Olivier Bonnassies


                                              Science, religion


"Au mystère de la question "Qui est à l'origine de l'univers", les religions répondent par un mystère plus insoutenable encore : Dieu..." (Romano Celli)

"Dieu - La science et les preuves" de Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies (éditeur Guy Trédaniel) - préfacé par Robert W. Wilson, prix Nobel de Physique -, est - en l'état actuel des connaissances scientifiques, de toutes les dernières et très sérieuses découvertes et réflexions - le livre essentiel pour qui se pose les seules questions qui vaillent : d'où venons-nous et où allons-nous ?

Contrairement à ce que pourrait laissait entendre le titre de l'ouvrage, il n'est nullement de religion. Non par principe ou idéologie. Les auteurs, à peine de ruiner la crédibilité et l'objectivité de leurs démonstrations et d'en dénaturer le sens et la portée, se sont attachés, avec une remarquable rigueur scientifique, à démontrer que L'Univers n'a pas toujours existé (théorie définitivement acceptée du Big Bang), qu'il va vers une fin certaine (l'entropie maximale), qu'il ne peut donc être que la création d'un "être" supérieur à lui.

"Être" au sens scientifique de l'acception. La question religieuse de celui-ci est un autre débat, de nature différente, mais pas antinomique pour autant :

"En accord avec les connaissances scientifiques actuelles, ce livre explore l'idée d'un esprit ou d'un Dieu créateur, idée que l'on retrouve dans de nombreuses religions. Il est certain que si vous êtes religieux au sens fixé par la tradition judéo-chrétienne, je ne vois pas de meilleure théorie scientifique que celle du Big Bang et de l'origine de l'univers susceptible de correspondre à ce point aux descriptions de la Genèse, cela repousse une nouvelle fois la question de l'origine ultime." (Préface W. Wilson, Harvard Prix Nobel de Physique, 28 juillet 2021).

Ce livre, tout à fait abordable à un esprit normalement cultivé, passionnant - parfois jusqu'au vertige -, est la démonstration que je soutiens depuis toujours. À savoir que la philosophie et les sciences exactes sont des disciplines similaires par la rigueur du maniement des concepts, et des inconnues, qui se distinguent de la fausse littérature, prétendument matérialiste, semblable à de la bouillie du cœur et de "la raison".

L'ouvrage compte plus de cinq cents pages, dont de belles illustrations et des documents divers très bien explicités. Il est possible de le lire en choisissant un chapitre plutôt qu'un autre, bien que je recommande une lecture intégrale et chronologique.


Michel BLAISE © 2021

True story, Kate Reed Petty

 

               

                                                 Littérature Américaine


« Tout observateur du genre humain sait combien il est difficile de raconter une expérience de telle sorte qu'aucun jugement n'interfère dans la narration » (Georg Christoph Lichtenberg)

Alice termine sa scolarité secondaire dans un lycée privé américain. Non loin de là, les élèves de l'établissement public, aspirant au championnat de la crosse (1) passent le plus clair de leur temps à organiser fêtes, beuveries, sauteries et dragues grossières.

Un soir deux adolescents sont accusés, au bruit d'une folle rumeur à laquelle ils ne sont pas étrangers, d'avoir abusé d'Alice au moment de la ramener, ivre, à son domicile.

Alice, depuis qu'elle est au collège, s'essaye, avec son amie Haley, à l'écriture de scenarii cinématographiques. Elle ne cessera, sa vie durant, marqué par cet évènement qui se serait produit, ou pas, de rechercher la vérité.

Il s'ensuit une quête permanente de celle-ci narrée aussi bien par la victime ainsi que d'autres protagonistes du roman, témoins directs ou indirects., sans que l'on sache, pas même la présumée victime, si l'évènement – le viol -, qui va marquer les personnages du récit, a eu lieu ou non.

Il conviendra d'attendre la toute dernière page pour comprendre la subtilité et l'originalité de l'ouvrage de Kate Reed Petty.

True Story, (Gallmeiter, 2021) dont le titre n'a pas été traduit, lors de sa parution en France, est le premier roman de Kate Red Petty.

Elle court, elle court la rumeur… Pour rendre compte de celle-ci, l'auteur utilise deux procédés audacieux, empreint d'un brin de folie, mais qui fonctionnent à merveille à raison de la quasi-totalité, et de la singularité et du machiavélisme à souhait de l'intrigue. Ces procédés littéraires renforcent, sans aucun doute, la qualité exceptionnelle de cette première fiction.

La première technique littéraire – il serait inopportun de la divulguer, même si l'on comprend assez vite. La seconde est qu'il s'agit d'un roman sous la forme de casse-tête, qui fait, cependant, l'économie de flash-backs, dont la compréhension se met petit à petit en place et qui contribue, au grand plaisir du lecteur, à une montée évidente de la tension et du suspense.

On ne peut d'ailleurs s'empêcher de faire le rapprochement entre la construction de cette histoire, sous forme de puzzle et la désorganisation qui règne dans l'esprit d'Alice que l'on retrouve à chaque stade de sa vie, qui mélange, tous azimuts, ses passions cinématographiques adolescentes avec ses lettres de motivation afin d'intégrer une prestigieuse université.

L'autre particularité de fond de ce roman semble être le rapport de l'auteur au féminisme. On peut lire, ici et là, qu'il s'agirait d'un roman féministe sans autre forme de commentaires. le roman mérite néanmoins un meilleur approfondissement qu'un simple raccourci facile.

À l'heure où aux États-Unis et dans une partie de l'Europe, sous l'influence de minorité de néo-féministes minoritaires, mais néanmoins radicales, le roman de Kate Reed Petty prend le contre-pied de ce mouvement littéraire au profit d'un féminisme classique et raisonnable où la femme est l'égale de l'homme, sans affirmer « préférer des femmes qui jettent des sorts à des hommes qui construisent des EPR » ou de ces écrits narcissiques, de plus en plus nombreux et mal écrits, qui narrent les violences subies, ou pas, de ces femmes en quête de reconnaissance.

C'est un roman qui tranche et condamne définitivement tous les poncifs, insipides et égotiques de nombreux auteurs, autofictions et récits actuels.

L'écriture est irréprochable, autant que la traduction par définition. Simple, mais pas niaise ou maladroite et empruntée, tout en étant rigoureuse. Les qualités narratives de l'auteur sont exceptionnelles, alternant les différents modes de narration et de focalisation qui subliment à la fois la qualité de l'écriture que le fond du récit et, plus particulièrement, la tension de celui-ci.

À titre d'exemple, fait exceptionnel, l'auteur, par l'intermédiaire d'Alice, utilise parfaitement, lorsqu'elle propose sa voix à ses prétendus agresseurs, la deuxième personne du singulier (le "tu" de narration interne).

En résumé, c'est un roman subtil, intelligent et addictif comme rarement il m'a été permis d'en lire ces derniers temps.

Kate Red Petty réussit un livre remarquable qui autorise d'en espérer l'écriture rapide d'un deuxième.

Michel BLAISE ©

1- La crosse est un sport collectif d'origine amérindienne où les joueurs se servent d'une crosse pour mettre une balle dans le but adverse… (Note du traducteur P. 27)

La fille du président, B Clinton - Jeff Patterson

 

   

                                                    Thriller politique                 


"Vous pouvez mettre des ailes sur un cochon, mais vous ne ferez pas de lui un aigle". (Bill Clinton)

À la suite du décès soudain du président des États-Unis d'Amérique, le vice-président, Mathew Keating, est désigné, en application des dispositions de la constitution américaine, pour succéder à la fonction suprême.

Depuis la cellule de crise de la Maison-Blanche, Mathew Keating, naguère membre des forces spéciales de la marine de guerre, donne l'ordre à ces mêmes forces militaires d'éliminer, dans son repaire sur le territoire libyen, le djihadiste sanguinaire, Assim Al-Achid. le président, Pamela Barnes - vice-président-, et les chefs d'état-major des armées et des services de sécurité assistent en direct au fiasco de l'intervention. Al- Achid a disparu ; son épouse et ses trois filles, présentes sur la place, sont accidentellement tuées aux cours de l'offensive.

Les électeurs ne pardonnent pas le revers infligé à la sécurité, à l'honneur, et à la fierté du pays. Et puis la trahison joue son rôle : au terme du mandat de Mathew Keating, Pamela Barnes, vice-président, est élue président des États-Unis.

Si la famille Keating espérait alors une existence plus paisible, bien mal lui en prit. La Maison-Blanche perpétue le souvenir d'une sinécure au prix de ce qu'elle s'apprête à subir désormais. Al- Achid, assoiffé de venger « ses femmes », enlève et séquestre Mélanie Keating, la fille de l'ancien président, contraignant ce-dernier à braver tous les interdits, jusqu'au plus haut sommet politique et militaire dans une course effrénée contre-la-montre,
pour tenter de sauver sa fille d'une décapitation publique annoncée et mise en scène à la face du monde sur la chaine de télévision qatarienne, al Jazeera.

« La fille du président » (JC Lattès, 2021) est le deuxième ouvrage, traduit en français après « le président a disparu » (JC Lattès, 2018) écrit, conjointement, par Bill Clinton, quarante-deuxième président des États-Unis d'Amérique et James Patterson, auteur Nord-américain incontournable, notamment de thrillers et de romans policiers.

Il est une personne que l'on évoque peu dans les avis de lecture. le traducteur. Dominique Defert me permet de réparer cette injustice.

Mon libraire préféré m'avait vivement conseillé de lire la version originale. Je parle et je lis l'anglais, très honnêtement pas au point de rêver encore dans la langue de Shakespeare ; je suis bien plus confortable dans celle de Molière. Mais c'est la dernière fois que j'achète un roman américain traduit par Dominique Defert ! Si l'on n'a pas servi dans l'armée américaine – et encore dans certaines de leurs forces spéciales – et auprès des divers services secrets américains - à défaut de simplement quelques notes en bas de pages, il est nécessaire de faire régulièrement appel à un dictionnaire pour comprendre de « quoi, qui ou qu'est-ce » …. La lecture d'une quantité d'acronymes, sans aucune explication, mêlée à un sentiment de défaut de spontanéité de la traduction, c'est déplaisant.

S'agit-il de suffisance ou de nonchalance ? D'arrogance et de dédain du lecteur, sans aucun doute.

Cela dit la qualité et la compréhension du roman et l'intrigue ne sont pas brouillées pour autant. Et c'est heureux car « La fille du président » est un bon thriller.

Ce qui, au premier chef, est brillant et attirant est la collaboration, parfaitement réussie, entre deux hommes de l'art. Un ancien président des États-Unis d'Amérique et un romancier. Quand le premier apporte son savoir et son expérience de la réalité politique et géopolitique, avec les réserves ou les exagérations imposées par le genre romanesque, au service de la fiction imaginée par le second (ou peut-être par les deux conjointement), le lecteur est ravi et comblé.

Tout le soin employé à l'élaboration d'une intrigue intelligible et captivante au moyen de très courts chapitres – quatre pages maximum, c'est très efficace - qui se termine chacun par la technique très maitrisée de l'aguichage (eh oui, je déteste le franglais dans la mesure du possible) – produit un très bon thriller et d'excellents moments de lecture. Et si par endroits, le récit est, comme toujours, un peu plus faible ou le suspense moins intense, les personnages sont construits et très intéressants à plusieurs égards.

En résumé, les amateurs de romans policiers et de thrillers ne devraient pas être déçus par ce roman que je conseille très volontiers.

Michel BLAISE ©       

mardi 14 septembre 2021

Le fils du pêcheur, Sacha Sperling

 

    

                                     Littérature française- homosexualité


« La fiction, c'est la part de vérité qu'il existe en chaque mensonge. » (Stephen King)


« le fils du pêcheur » (Robert Laffont, 2021) est la troisième autofiction de Sacha Sperling depuis la parution, en 2009, de « Mes illusions donnent sur la cour », alors que l'auteur avait seulement dix-neuf ans, récit encensé par la critique. Frédéric Beigbeder écrivait lors de sa parution « c'est le « Bonjour tristesse » de la rentrée. »»


Il s'agit, aujourd'hui, de la narration croisée, passée et actuelle, de l'histoire de deux amours toxiques et dévastatrices - la drogue, l'alcool, la maladie, la dépression, la mort, les questions matérielles et financières perverties - à Paris entre Mona et Sacha, trentenaires, d'une part, et ce dernier - lorsqu'il quitte son amie et la capitale pour rejoindre sa Normandie natale - et Léo, vingt-ans, d'autre part, son deuxième amour.


« J'ai été amoureux deux fois », écrit l'auteur.


Un roman est rarement le fruit de la seule imagination ; il convoque toujours la mémoire. La composition de la recette est ensuite affaire de raffinement entre ces deux ingrédients. Mais que penser et que croire du roman mêlant la fiction et la réalité autobiographique, a fortiori d'un auteur âgé de dix-neuf ans ? « L'impudeur ET la délivrance de l'autofiction » écrivait, en 1999, un critique littéraire au Monde.


Sacha Sperling, enfant de réalisateurs de cinéma, est doué pour inventer des histoires - qui au fil des autofictions se répètent à l'envi à travers le héros de son récit - lui-même - un « gamin » geignard, paresseux, flegmatique et apathique.


Le récit est incontestablement très bien écrit. Comment exiger davantage aujourd'hui au cœur d'une nouvelle littérature très médiocre ?


L'intrigue, dont on peut déplorer la lenteur durant la première moitié du livre, laisse quelquefois perplexe. À cet égard, on aimerait connaitre le sens des propos de l'auteur au début du récit, repris sur la quatrième de couverture : « j'ai détruit le mec que j'aimais ».


Ce n'est pas l'impression que nous laisse le roman à la fin de la lecture. Pourtant, cette question n'est pas un point de détail. Elle serait presque essentielle à la cohérence du récit si l'on considère que dans la liaison amoureuse entre Sacha et Mona existaient en germe les problèmes que l'on rencontre – renforcés - dans celle entre Léo et Sacha.


Et c'est pourquoi le dénouement de l'histoire entre ces derniers laisse perplexe quant à la portée « auto-fictionnelle ».


Une fin bâclée ou une impasse ? Une impasse, surement, dans laquelle, d'ailleurs, Sacha - bébé et trentenaire geignard – s'est toujours enfermé. Et le piège de l'auto-fiction semble rattraper Sacha Sperling. Où se situe la frontière entre la réalité et la fiction, le mythe du double littéraire ?


Sacha écrit : « j'ai été amoureux deux fois… Je les ai aimés pareil. Je veux dire aussi fort… ». Rien n'est moins sûr, car Sacha ne semble pas connaitre le sens du mot « Amour ». Quand il exige de sa thérapeute qu'elle lui donne des mots sur ses maux :


« je veux des mots ». De guerre lasse, le spécialiste est sans appel : « instabilité émotionnelle. Faille égotique… Troubles narcissiques… peur systématique d'abandon… Angoisses paranoïdes, renforcées par la prise constante de stupéfiants. Tendance à la dépression… »


Alors qui a détruit l'autre ? Et si Sacha, tout simplement, ne s'était borné qu'à révéler ses troubles psychiatriques, réels ou fictionnels ?


Dans quelle mesure cette relation n'a pas été que la seule conséquence de l'unique schéma affectif et amoureux invariablement connu et idéalisé de Sacha, depuis toujours ? Sacha n'est-il pas le seul artisan de sa propre infortune ? N'a-t-il pas reproduit ses errements, ses turpitudes et inconduites pour, en définitive, se détruire lui-même avant de rejeter la responsabilité sur les autres, sa mère, son père, Mona, Léo… ?


La réalité ne dépasse-t-elle pas la fiction ?


Quoi qu'il en soit, « le fils du pêcheur » - à la suite des précédentes auto-fictions de l'auteur - est un très bon récit, remarquablement bien écrit, que je recommande vivement.


Bonne lecture.


Michel BLAISE © 2021

mercredi 8 septembre 2021

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, Lionel Shriver

 

  

                                                Littérature américaine

      

« Quand la nudité rend au corps un culte pur, c'est la chair qui est humiliée ». (Eugenio d'Ors Y Rovira)


Un matin, à l'heure du petit déjeuner, Remington Alabaster, la soixantaine, ingénieur en génie civil, licencié de la mairie d'Albany - près de New York - par suite de propos racistes, déclare à son épouse, Serenata Terpsichore, son intention de courir un marathon. Serenata, âgée de soixante-années, juge ce projet semblable à celui du caprice d'un adolescent. Toujours est-il que cette lubie provoque une forte tension au sein du couple.


Durant plus de quarante ans, Serenata a couru, nagé, bondi, rebondi, avalé des kilomètres sur son vélo. Mais le temps faisant son œuvre, atteinte de douleurs aiguës aux genoux, Serenata a remplacé ses tenues de sport par une organisation d'entraînements quotidiens qu'elle accomplit scrupuleusement devant des émissions de téléréalité. Aigrie, désabusée, égoïste, misanthrope, systématiquement hostile à tout comportement grégaire - « Aujourd'hui, on tourne frénétiquement en rond, comme les tigres d'Helen Bannerman qui, à force de tourner, se transforment en flaque de beurre. Une civilisation jadis grandiose qui disparaît à l'intérieur de son cul. », - Serenata est irritée d'observer son époux, affublé d'un accoutrement criard et satiné, suivre le troupeau des coureurs du dimanche, très vite sous la houlette de « sa » très sexy coach Bambi.


La guerre est proclamée. ; le couple pourra-t-il résister à la crise face à ce bouleversement et au renversement des situations respectives. Au fond, la question posée par Lionel Shriver - avec pour prétexte le sport, la performance et le culte du corps -, est celle-ci : comment vieillir à deux, au sein du couple ?


Lionel Shriver – en vérité, Margaret Ann Shriver, – est née, en 1957 aux États-Unis (Caroline du Nord). C'est à l'âge de quinze ans qu'elle décide de masculiniser son prénom, convaincue que la vie des hommes est plus simple que celle des femmes. Diplômée de Columbia, Initialement professeur d'anglais (New York), elle pérégrinera ensuite à travers le monde : Nairobi, Bangkok, Belfast… avant de s'installer à Londres. Elle a écrit huit romans traduits en français et remporté plusieurs prix littéraires. : « Il faut qu'on parle de Kevin » (Belfond, 2006), « La Double Vie d'Irina » (Belfond, 2009), Double faute (Belfond, 2010), Tout ça pour quoi ? (Belfond, 2012), Big Brother (Belfond, 2014), La famille Mandible (Belfond, 2017), Propriétés privées (Belfond 2020). « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes » est son huitième roman traduit en français. Elle vit actuellement entre Londres et New York avec son mari, jazzman renommé.


Une intrigue, des conflits, des décors, un paysage, des personnages habilement désignés (1) et des dialogues – car de même que les personnages font l'histoire, les dialogues font les personnages - constituent les fondements indispensables au succès d'un roman. Lorsque l'auteur y ajoute la finesse de l'analyse, les descriptions approfondies aux détails faussement inutiles, il peut espérer approcher la perfection, atteindre le chef-d’œuvre.


Ça, c'était Lionel Shriver jusqu'à la parution de « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes », plus particulièrement dans son précédent livre de nouvelles, « Propriétés privées ».


Effectivement, plus brillant est l'auteur, plus grand est la déception après une lecture laborieuse de son récit. C'est l'envers du génie, la totale indulgence n'est accordée qu'aux moins talentueux. Si Lionel Shriver est habituellement remarquable, elle entame ses qualités dans son dernier roman. Celui-ci semble réunir l'ensemble de la critique lorsqu'elle « crie » au roman prodige. Mais un avis plus nuancé, voire radicalement opposé, peut être avancé. Et il ne s'agit pas de surjouer la critique négative en affirmant avoir éprouvé beaucoup de « souffrance » et d'ennui à la lecture de ce récit fastidieux.


Indubitablement, l'écriture de Lionel Shriver est, comme toujours, impeccable. Ses perceptions de la société et ses capacités à les écrire illustrent son intelligence et sa finesse d'esprit, plus particulièrement, lorsqu'elle dénonce, dans « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes », les outrances des discours et des comportements politiquement corrects aux États-Unis, plus spécialement à l'égard des afro-américains. Le roman, à cet égard, ne manque pas de scènes décomplexées et truculentes.


Bien d'autres thèmes sont abordés avec beaucoup de justesse, les réseaux sociaux, la téléréalité… à travers de drôles et savoureux dialogues.


Mais voici comment les qualités d'un roman peuvent rapidement devenir des défauts rédhibitoires. Sauf le message essentiel, de la dictature du corps et de la performance physique, chaque phrase, chaque mot du roman renferme d'autres messages, certes très subtils, mais tous azimuts, entremêlés les uns aux autres sans une authentique cohérence. Le roman est-il trop long pour le sujet entrepris ? Certainement. De fait, le récit évolue en un fourre-tout, dans lequel, d'ailleurs, l'auteur renoue avec des thèmes anciennement traités dans ses précédents romans « le désir d'appropriation du corps et de sa jeunesse » en référence explicite à « Propriétés privées. (Belfond, 2020)


En définitive, l'intrigue principale devient prétexte à écrire beaucoup trop de choses de façon très désordonnée.


Cela est également vrai à propos des dialogues entre Serenata et Remington – dont on peut concéder la qualité et l'humour souvent –, mais redondants et pénibles à lire sur toute la longueur du livre.


Lionel Shriver est un excellent auteur, elle m'a régalé avec ses précédents livres. Pas cette fois-ci. La confusion entre roman et autobiographie n'est sûrement pas étrangère aux circonstances. (2)


Michel BLAISE. © 2021


(1)
Remington fait référence à un minéral, en l'occurrence, dans l'esprit de l'auteur, un arbre.

« Droit comme un I. Remington était un homme mince au port altier qui donnait l'impression d'avoir gardé la ligne sas jamais rien fait pour… »

On peut noter que Remington est également une marque de célèbre machine à écrire. Est-ce à dire que l'auteur a fait un rapprochement entre la raison d'être de cette machine à « dialogues » et ceux, continuellement échangés, entre les époux Remington Alabaster et Serenata Terpsichore ?

Alabaster, en français albâtre, est un terme anglais appliqué à des minéraux utilisés en tant que matériaux destinés à la sculpture.

Terpsichore, du grec ancien, est une jeune fille, vive, épanouie, couronnée de guirlandes qui se dirige, tenant une lyre sur son épaule, de tous ses pas en cadence. Mère des sirènes, elle aurait un lien avec le Dieu Apollon.


(2)
On peut lire l'ouvrage comme une autobiographie romancée si l'on en juge par les déclarations de l'auteur, reprises dans la presse et, plus particulièrement « The Guardian et The New Yorker (1 juin 2000) « Looking for Trouble » (Lionel Shriver cherche des ennuis).